Les métiers d'autrefois

APOTHICAIRE

Au XVIIIème siècle, apothicaire et pharmacien : deux métiers distincts. Le pharmacien vend des spécialités déjà fabriquées, l’apothicaire, lui, réalise des prescriptions médicamenteuses. Derrière leurs comptoirs et leurs binocles, les pharmaciens modernes acquièrent science et reconnaissance.

Une profession empirique et ballottée
L’apothicaire, auxiliaire des médecins et des chirurgiens, a en charge "cette partie de la médecine qui consiste en la préparation des remèdes" (Furetière) : il choisit et pèse ses ingrédients, les écrase, les malaxe, les pulvérise, les mélange… et en fait les sirops, pilules, emplâtres que lui demandent ses clients. Il correspond en quelque sorte au préparateur de nos actuelles pharmacies. La plupart des apothicaires reçoivent de leur père ou de leur beau-père leur boutique et l’essentiel de leur savoir et, avant le XIXème siècle, rares sont ceux qui suivent des études théoriques complémentaires.
Sous l’Ancien Régime, la profession reste peu répandue et concurrencée, d’une part, par les médecins et chirurgiens qui distribuent et fabriquent les remèdes, par les épiciers beaucoup aussi, et les droguistes, religieux, charlatans itinérants, guérisseurs ou sorciers de village. Chacun se bricole dans son coin ses propres remèdes (décoctions avec du vinaigre, du vin chaud, de l’eau- de-vie…), des recettes que des opuscules popularisent dès le début du XVIème. Les curés des paroisses donnent souvent conseil et annotent parfois dans les marges des registres paroissiaux quelques bonnes recettes médicinales. Les voisines ou les rebouteux paraissent tout aussi efficaces que le médecin ou le pharmacien. Enfin, cela coûte moins cher aux pauvres gens que la médecine officielle. Peu avant la Révolution par exemple, Paris ne compte que quatre-vingt-quatre maîtres apothicaires.

L’exercice de la pharmacie
Les statuts professionnels et les règlements des apothicaires et pharmaciens remontent à 1484 et parfois même à des textes plus anciens. Ainsi, un décret de la Faculté de médecine de Paris de 1301 leur interdit de donner aux malades des médicaments sans l’ordonnance d’un médecin qu’ils doivent conserver en vue d’une éventuelle justification. Ils doivent également afficher dans leur officine la liste des médecins de la ville ou du quartier. Ils obtiennent gain de cause contre la concurrence des médecins et des épiciers au XVIIème siècle.
L’entrée en apprentissage requiert une certaine fortune (pour les études, les frais de maîtrise et l’officine), en principe des connaissances (grammaire, latin, rhétorique), un minimum de quatorze ou seize ans et parfois l’appartenance à la religion catholique. Apprentis (stage pratique), puis compagnons (perfectionnement), les futurs maîtres passent des examens, notamment sur les plantes, la composition et la préparation des médicaments, et doivent réaliser un chef-d’oeuvre, de difficulté variable suivant les communautés. L’ouverture de la boutique, signalée par une enseigne au sujet caractéristique, s’accompagne de certaines formalités et d’un serment.

Extrait du chapitre concerné, dans l’ouvrage Les métiers d’autrefois, de Marie-Odile Mergnac, Claire Lanaspre, Baptiste Bertrand et Max Déjean, Archives et Culture.