Les métiers d'autrefois

BAILLI OU SENECHAL

Il commence par faire trembler, ce baillivus qui apparaît à la fin du XIIème siècle et dont l’heure de gloire est le XIIIème siècle.

L’apogée du baillivus
Probablement inspiré à Philippe-Auguste par l’exemple anglais des shériffs, c’est à l’origine un inspecteur itinérant chargé de surveiller les turbulents administrateurs de base que sont les prévôts. Il se fixe rapidement dans une vaste circonscription regroupant plusieurs prévôtés, que l’on appelle bailliage et qui subsiste jusqu’à la Révolution. En 1789, il y a environ trois cents bailliages ou sénéchaussées, le sénéchal étant l’homologue méridonial du bailli. Dans sa circonscription, représentant le roi dont il fait exécuter les mandements, il rend la justice en son nom, perçoit les revenus domaniaux en payant les dépenses locales et rassemble aussi les contingents de l’armée.
Cette fonction militaire impose que les baillis médiévaux soient des hommes d’épée. Mais pas seulement. Recrutés normalement dans la petite noblesse d’Île-de-France et de l’ancien domaine, ce sont aussi des hommes de loi qui ont évolué dans l’entourage royal. Plusieurs d’entre eux sont connus. L’un mérite un salut spécial. C’est Philippe de Beaumanoir, né en 1247, et dont la carrière est extrêment remplie. Qu’on en juge : d’abord prévôt, il devient bailli de Senlis, de Clermont-en-Beauvaisis, sénéchal de Poitou, de Saintonge, bailli de Vermandois, ambassadeur à Rome, maître du parlement, chargé en 1291 de concourir à l’organisation de l’armée du Hainaut, bailli de Senlis, de Touraine, une troisième fois de Senlis... et il meurt à 49 ans. Brillant exemple d’une mobilité géographique des hauts fonctionnaires à laquelle la rapidité des transports n’a rien apporté. Cette activité n’empêche pas Beaumanoir d’être l’un des plus grands juristes de son temps, de rédiger Les Coutumes du Beauvaisis ainsi que d’excellentes poésies courtoises.

Un déclin progressif
Contrôlés par le roi dont ils reçoivent des gages fixes, tous les baillis n’ont cependant pas un comportement irréprochable. Dès l’époque de Saint-Louis, missions d’inspection et ordonnances réglementant leurs pouvoirs se succèdent.
Narrer leur affaiblissement, c’est décrire leur dépouillement, qui dure trois siècles, du XIVème au XVIème siècle, et qui s’est d’abord fait par création d’autorités concurrentes. L’apparition des gouverneurs de villes ou de provinces retire au bailli une fonction militaire qui disparaît complètement au XVème siècle avec la création de l’armée permanente. Au même moment, la création de la taille fait de ses collecteurs, élus ou receveurs d’aides, des officiers de finances singulièrement plus efficaces que le pauvre bailli qui perd en plus ses pouvoirs de comptable. Dépouillement progressif qui est aussi l’œuvre de ses propres collaborateurs. C’est particulièrement net en matière judiciaire. À près d’un siècle de distance, nous avons deux ordonnances royales, toutes les deux prises à Blois. La première exige en 1499 que les baillis qui ne sont pas gradués en droit s’adjoignent un lieutenant pour la justice. La seconde leur interdit en 1579 de "prendre part aux délibérés de sentences rendues en leur nom par leurs lieutenants". Ils siègent donc sans délibérer à leur propre tribunal. C’est les ravaler au rang de brillants fantoches.

Extrait du chapitre concerné, dans l’ouvrage Les métiers d’autrefois, de Marie-Odile Mergnac, Claire Lanaspre, Baptiste Bertrand et Max Déjean, Archives et Culture.