Les métiers d'autrefois

BARBIER ET BARBIER CHIRURGIEN

Sous l’Ancien Régime, le terme de "barbier" renvoie à trois métiers différents : le barbier et le barbier-perruquier, ancêtres des coiffeurs actuels, et le chirurgien-barbier, en charge de la petite chirurgie. Les frontières restent mouvantes entre ces professions, qui vont progessivement se distinguer.

Barbiers et chirurgiens : des chevauchements
Jusqu’en 1714, les barbiers (ancêtres, avec les perruquiers, de nos coiffeurs modernes, mais qui se contentent de tailler ou raser les barbes) et les chirurgiens sont considérés, en tant que manipulateurs de rasoirs et lancettes, comme faisant partie d’une seule et même profession ! Contrairement aux médecins qui vont à l’université, lisent des livres scientifiques et appartiennent aux arts libéraux, les barbiers-chirurgiens et chirurgiens, jusqu’à leur séparation en 1691, sont des artisans qui n’ont pas suivi d’études ni appris le latin et qui ne font que manier le rasoir et traiter des maladies externes.
Les chirurgiens-barbiers ont pour fonction de raser, saigner, purger et soigner les petits maux quotidiens. Pour entrer dans leur communauté de métier, il faut suivre un apprentissage et accomplir un chef-d’oeuvre.

La chirurgie s’émancipe
Dès la fin du XIIIème siècle, dans la capitale, certains chirurgiens laissent la barberie aux simples barbiers, qui se cantonnent à l’entretien de la barbe, pour ne conserver que la partie chirurgicale de leur travail. Ils se regroupent en confrérie et enfilent la robe longue et le bonnet carré, pourtant réservés aux médecins. C’est le début d’un long conflit avec les médecins, jusqu’à la Révolution qui abolit la séparation entre les deux professions.
Par un édit royal de 1691, les chirurgiens obtiennent leur séparation d’avec les barbiers-perruquiers. Les chirurgiens ne peuvent plus avoir de boutique ni pratiquer la barberie. Cette première reconnaissance de la spécificité de leur métier se poursuit dans la première moitié du XVIIIème siècle, avec notamment la création de l’Académie royale de chirurgie et la maîtrise obligatoire pour les futurs maîtres en chirurgie.

Chirurgiens de "légère expérience"
Vers 1780 pourtant, les chirurgiens constituent un corps encore disparate et peu sont passés maîtres. Une minorité d’entre-eux, implantée en ville, présente une culture, un savoir et des tarifs comparables à ceux des médecins. Mais la majorité reste des chirurgiens "de légère expérience". Ils sont proches de leurs clients par le langage (souvent, ils connaissent la langue locale ou le patois), leur tenue et leurs moeurs et proposent des tarifs accessibles. Mais leurs compétences se résument essentiellement à la lancette (petit instrument à lame plate utilisé pour la saignée et les petites incisions) et au clystère (lavement). Présents surtout dans les campagnes, parfois illettrés, pour réussir à vivre de leur métier, ils sont souvent obligés de tailler la barbe. Seules les grandes villes offrent des communautés de chirurgiens suffisamment importantes pour fournir des maîtres capables d’assurer la formation pratique des apprentis.

Extrait du chapitre concerné, dans l’ouvrage Les métiers d’autrefois, de Marie-Odile Mergnac, Claire Lanaspre, Baptiste Bertrand et Max Déjean, Archives et Culture.